Cocooo
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Mettons-nous à nu !
22 septembre 2018

L’obscurité légèrement retirait son manteau, au loin déjà accouraient les premières lueurs matinales qui, tels des chevaliers sur leur destriers blancs chassaient la nuit et son sinistre voile. Le frais chuchotis du vent dissimulait la pudeur citadine, les odes du coq caressaient les étoiles et le silence savourait ses derniers instants de totale existence avant qu’au loin ne résonnent les premières voix, les premières mélodies humaines. Assis sur ma natte, jambes repliées sur moi-même en forme de triangle, cette posture orientale connue sous le nom de tailleur et que j’apprécie tant. Je repensai à elle, à cette fracture, à cette vie gâchée, tout en observant ce ciel d’un rose embrasé sur lequel tremblaient des étoiles ensommeillées.

Elle, était un de ces personnages dont la beauté n’avait d’égal que la douceur. Son charme résidait dans sa simplicité. D’un teint noir, elle était d’une beauté que l’effacement sublimait. Son nez droit, son menton légèrement relevé, ses pommettes saillantes lui conféraient le charme de cette reine qui, sur les bords du Nil avait mis Pharaon et César à genoux. Ses cheveux relevés laissaient entrevoir un visage d’où brillaient de beaux yeux. Les siens, semblaient être un monument où une main divine avait partout dessiné l’essence de la beauté. Elle m’observait avec cette chose là qui se trouvait à cheval entre la bienveillance maternelle, la rigueur paternelle, l’altruisme d’une religieuse et l’intérêt du débitant, vous comprenez aisément qu’il s’agisse là de l’amour. Il y avait en elle la dernière pièce qui manquait au puzzle de mon existence, le dernier nœud de l’intrigue qui me caractérisait.

Mais ce soir, à l’heure où le soleil mourant arborait sa robe couleur incendie comme pour consumer le ciel, quelque chose s’est brisée. À cette heure où pour la première fois, nos yeux avaient plongé les uns dans les autres dans un bain passionné, où nous fûmes traversés d’un même sentiment, d’une sorte de chaleur douce caressant notre poitrine, faisant nos cœurs battre à l’unisson, encouragés par une force invisible, à ce même instant où arrimé à ses yeux où le malheur se noie, en lui caressant le visage, j’avais fait nos lèvres valser au grès d’une mélodie voluptueuse que nous seuls pouvions entendre, où nous fûmes unis plus que jamais, naufragés comme Robinson Crusoé et vendredi, elle s’était envolée.

Je n’ai rien pu faire pourtant, ce jour là, j’avais juré au lieu qui avait abrité notre étreinte être le gardien du sommeil de ses nuits. Chacun des sanglots de la belle m’infligeait la douleur d’une dague enfoncée avec une vigueur herculéenne dans la partie la plus sensible de ma frêle poitrine. Décidé à jeter mon courroux sur n’importe quelle force qui viendrait perturber son repos, j’étais devenu ce veilleur là même si moi, je ne l’aimais pas à mourir, non je l’aimais bien au-delà de la mort. Je l’aimais à me sentir revivre, ressusciter. Je me voyais comme celui qui, à chaque fois qu’elle s’endormirait, prendrait délicatement soin de l’allonger au creux de son lit. Je pensais être celui-là qui, saurait extraire de ses larmes un sourire, en éclairer son visage que la chaleur de l’amour embellirait. Je me voyais la contempler comme on pouvait contempler un trésor interdit, comme le paysan observait avec envie et espoir le fruit que portait l’arbre pour lequel il avait pendant de longs mois travaillé la terre. Pourtant je n’avais même pas su être là quand elle pleurait, quand le mal lui revenait, se manifestait de nouveau. Je n’avais jamais été en mesure de savoir quand le poison se mettait à parcourir ses veines jusqu’à emplir ses pensées de douleur. À présent, ce lieu où j’avais été si heureux se trouvait désormais plongé dans la pénombre du silence éternel et n’était que désolation et désordre. À l’extérieur, la nuit avait fini de conquérir à jamais cette façade de la Terre pour en faire son royaume.

Ce soir, elle n’a pas su chasser ses démons, elle n’a pas su être en mesure de se relever. La vie est belle, mais ce soir la mort lui semblait meilleure face au miroir de son passé. Elle avait préféré se donner à la mort, que de revoir en face le spectre de ses vieilles femmes que le temps n’avait servi qu’à renfrogner et qui l’avaient enlevée dans son sommeil. Elle ne supportait plus la réminiscence de ce bois où elle avait été soumise à une torture bien connue des jeunes filles originaires de cet endroit des tropiques. Revoir ses jambes écartelées, ligotées par trois vieilles, la lame froide ne faisant qu’un voyage entre ses cuisses tremblantes endolories et ensanglantées lui était aujourd’hui impossible. La douleur vive qu’elle ressentait encore et encore, chaque soir était devenue insupportable. La mort était pour elle la solution. Elle s’appelait Aïssatou, et ce soir, elle n’est plus. À elle, je dédie ce poème qui suit.

Chagrin du désert

La dune protégeant ma tente

Emplit le soir de la tristesse de la mélancolie

D’en bas, je vois son sommet de sable fin

S’éroder lentement en douloureuses complaintes

Elle pleure et ses larmes sont rouges

Du sang dont manque son cœur,

Dont se pare son sable moribond

La terre sur laquelle elle se fait légère

 N’est plus sa terre

Sa patrie nomade se trouve en un lieu éloigné

Vogue et se déplace au grès

Des danses d’une âme bénie

Elle crie à s’en tordre les cordes

Seulement nul ne l’entend

Et le silence lui fait écho

Elle soupire aux étoiles

Son malheur et sa solitude

Dans le noir du désert

Aucune réponse ne lui parvient

Sinon le silence qu’assourdissent

 La distance et le manque

Et ma colline de s’éroder encore plus,

De vider son sac de sable rouge

De geindre à se consumer

Dans les géhennes de la dépression

Pour toi qui n’es pas là cette nuit

Toi,

Fruit de la miséricorde du Seigneur,

Fil d’Ariane dans le tumulte

De la douleur qui asservit

Ciel limpide un soir d’éclipse

De tes lèvres fines nait l’aube rosie de volupté

Vaine espérance, soleil de printemps

Tes yeux irradient les cœurs

Séduisent les âmes et font germer

L’amour jusqu’aux puits taris du deuil

Tu es le phare bienveillant et salvateur

Le jour nouveau et ses promesses de bonheur

Ta chevelure, comme soleil levant

Dissipe les ténèbres aux alentours

Ton rire est vie

Et ta grâce pluie inespérée moisson fertile

Sépare le bon grain de l’ivraie

Sur le désert aride et hostile

Où pleure ma dune et frémit mon cœur

En ton absence seul pousse le chagrin

Khalil, Tailleur de mots

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