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Il y a dix ans de cela, ils me l’ont arraché. 

J’étais petite, je jouais avec mes amies et nous chantions en cercle. Nos pieds exultaient une belle danse accompagnée des claps de nos mains. Nos pagnes vert, rose, jaune, orange couleur de vie, virevoltaient. Ce jeu innocent amusait nos cœurs et le chant des coqs résonnait. Malgré ce décor si juvénile, ils m’ont accueilli brutalement dans le monde des adultes. Oui ils me l’ont arraché. 

Petit à petit, je sentais mon pagne glisser sur mes genoux jusqu’à finir sur mes chevilles. Jambes frêles, corps gringalet et cheveux au vent,  ils ont voulu me rendre propre. Je ne sais pas ce qu’ils voulaient laver en moi mais ils me l’ont arraché et ont-ils dit pour me purifier.

Toutes ces filles, mes amies avec qui je jouais ce matin-là, perdaient leurs pagnes. En un laps de temps, nos pagnes inondaient la terre  de Djibouti, notre chère terre. Cette terre sur laquelle, jadis nous rions aux éclats, était maintenant perlée de notre sang. Car oui, ils nous l’ont enlevé, ils nous l’ont arraché pour nous rendre propre. 

En grandissant et en regardant autour de moi, je me rendais compte  que de là d’où je viens, c’est normal. Un jour, j’ai discuté avec Cent-filles djiboutiennes, il y’en avait que deux qui ne connurent ce sentiment de se faire arracher une partie de soi. Un autre jour, j’ai rencontré un groupe de Deux-cent filles, 196 d’entre-elles ont été purifiées tout comme moi.

En grandissant, j’ai appris à nommer ce euuh « cette pratique », cet acte immonde qui te « purifie ». Ils y ont donné le nom d’excision, d’infibulation. J’ai également appris que sur ma terre, 98% des filles sont excisées ou infibulées et parfois encore l’infibulation est accompagnée d’une excision.

Depuis quelques années, j’ai, je ne dirai pas quitté ni fui ma terre, mais je m’en suis éloignée pour continuer mes études. J’ai atterri au Sénégal. C’est dans ce pays que j’ai réalisé à quel point « il me manquait cette chose ». J’ai commencé à avoir des infections et à aller chez le gynéco. Mes premières consultations furent traumatisantes.

Aujourd’hui, après une énième douche où je me rends compte à quel point je suis anormale, j’ai décidé de parler. Au départ, je cherchais comment crier mon courroux sans frustrer ma famille.

 Mais quand je pense à ces filles ,qui une fois mariées, se font charchuter à nouveau, pour que leurs points de sutures soient retirés, afin qu’elles consomment leur mariage et aussi à cette longue file de filles qui se feront arrachées le pagne, je ne peux plus me taire.

Certes, la société et mes craintes m’ont muselé. Toutefois mes douleurs m’arment d’une volonté de briser ce silence !

 Je tremble tant que j’ai peur de briser ma plume.

Par peur de vous choquer, je ne veux revenir exactement sur les faits. 

Retenez qu’il y a 10 ans, ils me l’ont arraché me disant que cela ne durerait qu’un instant. 

Quatre mois, après la déclaration de l’Etat pour interdire l’excision, ils m’ont jeté dans les affres de cette sage-femme. Ses mots étaient si mal choisis  » cela ne va pas durer, sois à l’aise ». Dix ans, plus tard, je porte plus qu’un poids. J’ai honte car je ne suis pas comme toutes les personnes. J’ai honte car je n’ose pas me mettre à l’aise avec les autres. J’ai honte car il me manque quelque chose, je ne suis pas normale. Et pourtant, dire que mes parents sont instruits et ont grandi dans la capitale.

 A ce jour, je n’en veux pas à ma mère, ni à la sage-femme. Je n’en veux à aucune de ces dames mais à cette Dame Société, cette mégère ignoble, je ne lui pardonnerai jamais.

 C’est cette dernière qui m’a indexée comme étant une personne impure.

C’est elle qui a fait couler mon sang si précieux,

me poussant à évoquer les cieux,

pour ne pas haïr ma propre chair, pourtant si pure.

Rokhaya NGOM

 

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25 Comments

  1. Vey dit :

    Comment l’envirronement n’arrive pas toujours influer les comportements de certaines personnes.
    Vivre en ville pourais être une garantie pour nous épargner de tout ça

  2. Rose Dieme dit :

    Toujours aussi engagée pour porter la voix féminine💪💪💪💪💪
    Bonne continuation ma chère.

  3. René Édouard Mendis dit :

    Ma chère Rokhaya, je ne peux que te remercier pour cette belle plume. En te lisant, des sentiments de peine, d’amertume, de tristesse pour ne citer que ceux-là, m’ont envahi. Il faut être prêt à relever le défi, à s’engager pour lutter contre cette pratique. Pour ma part, je le suis.!!

  4. Ngon dit :

    Beau texte

  5. Marieme Tall dit :

    C’est horrible ! De voir de telles coutumes barbares continuentre à notre époque , cela fait froid dans le dos !Il faut absolument faire comprendre a ces peuples que cette pratique est horrible, atroce et moyenâgeuse ! Il faut que ça doit cesser !
    Il ne faut plus que les femmes qui ont été « charcuté » de cette façon, le fassent subir à leurs filles .

  6. Dieme dit :

    Je me dit wah combien de fois je suis chanceuse, de n’être pas considéré comme impure . Mais je m’associe à elle pour condamné cette pratique qui soit disant purifie et protége de la honte et du déshonneur.
    J’ai honte j’ai honte que de nos jours malgré les sensibilisation et les lois le taux de potentiel victimes soit aussi alarmant.
    Combien sont ceux qui ont soit disant abandonné mais qui la pratique en silence car considérant cela comme un métier ou une vocation.
    Courage soeur le combat n’est pas fini.

  7. FanAa dit :

    98% !!?????!!!! Je suis ébahie !!! 2% n’en reste pas moins grave mais là c’est quasiment tout un pays! J’ai mal

  8. ajavo dit :

    Très belle plume, mai moi ma préoccupation c’est plutôt comment aidé c personnes qui ont vécues sla sur le plan psychologique et médical, essayez de faire un programme d’orientation qui va aidé les personnes qui l’on vécue

  9. Kia dit :

    Belle plume !

  10. Lindor dit :

    L’une des plus belles chose qu’elle ai faite c’est te preter sa plumes et te laisser etre sa voix. Tres bel article ! Courage a elle je pense que cet article la libèrera un peu d’un poids trop longtemps garder sur ces épaules.

  11. Williams dit :

    Merci à cette femme brave, courageuse qui a voulu partager une partie de son histoire avec nous et à toi Rokhaya merci pour cet article.

  12. Ndeye Fatou Sarr dit :

    c triste mais il ne faut pas toujours se laisse abattre il faut savoir se redresser et aller de l’avant et se battre pour que ce qui t est arrivé ne ce reproduiser jamais

  13. Magalie dit :

    Très touchant

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