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Un cri perçant déchira le milieu de la nuit. C’était une plainte, une plainte sortie des affres de la peine d’une mère ce soir de pleine lune. Chaque soir, chapelet à la main, Mère Astou priait, elle suppliait le Seigneur de lui ramener son fils avant sa fin. Mais cette nuit, agenouillée sur sa natte de prière, elle n’en pouvait plus de garder cette douleur qui secouait sa poitrine depuis de nombreuses années.

Elle avait tellement pleuré, en priant, que son corps convulsait. Ses yeux tournoyaient et accomplissaient une danse folle presque satanique dans leurs orbites. Devenait-elle folle ? Elle ignorait la réponse à cette question.

Tout ce qu’elle savait cette nuit, c’est que sa fin s’approchait à grands pas et que son fils n’était toujours pas à ses côtés. Elle se disait que peut-être que si elle criait de toutes ses forces, il l’entendrait au bout du monde. Elle pensa aussi que ses cris soulageraient ses maux. Ils l’aideraient à faire entendre cette mélodie triste, affreuse qui venait de son cœur depuis qu’elle n’avait plus de nouvelles régulières de son fils.

Ah son fils ! Quel bel homme. Il ressemblait tant à son défunt mari. Elle se rappelait de la petite barbe qu’il avait à son départ. Maintenant celle-ci doit bien encadrer le visage de Moussa. A cette pensée, Mère Astou cria de plus belle. Tout d’un coup, sa belle-fille ouvra la porte de sa chambre.

  • Belle-fille d’un air affolé: Yaye, mba diam lou khew? (Maman que se passe t-il?) 

Ne supportant pas de voir les larmes de sa belle-mère, devenue une maman pour elle dès son premier jour de mariage, elle s’effondra en larmes.

  • Mère Astou: Diarra dama sonou tchi khar sama domm. Khar na Moussa beu tay mangui ni di wadia dem wouyou souniou Borom. Geudj naniou ko degg. Boumouy dem samay takay yeup laa diay nguir mou wouti dji weurseukeum tchi toubab yi.

Aujourd’hui Diarra je ne sais pas si mon fils a un toit pour dormir, je ne sais pas s’il mange à sa faim. Bientôt ma petite fille aura l’âge de se marier et elle n’a pas mémoire de moments vécus avec son père. Si je meurs demain qui va m’enterrer Diarra ? Est-ce que Moussa viendra se recueillir sur ma tombe ? Pourrait-il même savoir que je m’en suis allée ?

Diarra ne sachant pas quoi répondre à sa maman, déposa sa tête sur les genoux de celle-ci. Elle se mit à sangloter.

Elle pensait à Moussa, au jour où elles l’accompagnèrent à l’aéroport. Ils étaient si excités ce soir-là et même la lune si lumineuse semblait répondre à leur enthousiasme. Elle revit son mari prendre mère Astou dans ses bras, déposer un baiser sur le front de leur fille. Puis d’un regard plein de promesses, il s’était tourné vers elle, l’a pris à son tour dans ses bras, l’embrassa et lui dit ces mots : Ma belle Diarra, je reviendrai bientôt avec une fortune pour « t’élever au rang de reine ».

Douze ans plus tard, elle est beaucoup plus misérable qu’avant. Elle a tellement vieilli d’un coup qu’elle donne l’air d’être la grand-mère de sa propre fille. Au début, Moussa lui faisait parvenir de l’argent pour la famille et des cadeaux. Elle sentait le regard envieux de ses amies quand elle s’habillait avec les beaux vêtements de marque italienne envoyé par son bien aimé. Cela a duré trois à quatre ans.

Après elle recevait de petites sommes, quelques nouvelles jusqu’à ce que le black-out se produisit. Elle dut se débrouiller pour éduquer sa fille et aider mère Astou. Quand elle songeait à divorcer, une voix lui disait qu’elle n’avait pas le droit de laisser mère Astou s’assécher toute seule.  Elle se mit à faire du commerce, de petits boulots. Au fil du temps, trouver de quoi nourrir sa famille est devenu son combat quotidien.

Quant à son bonheur, elle n’y songeait plus. Il s’en est allé avec son mari. D’ailleurs elle le lui a signifié dans la dernière lettre qu’elle lui fit parvenir. Elle lui avait dit ces mots : mon amour m’a conduit à te construire avant de me bâtir. Toute ma vie n’a jamais tourné qu’autour de toi. J’ai abandonné mes études, pour me donner corps et âme à ta mère et à toi, mon cher Moussa.

En partant vers l’Occident, je ne savais pas que tu amènerais un fragment de mon âme avec toi. Je peux te pardonner ton ingratitude envers moi car l’amour pardonne tout mais jamais je ne te pardonnerai celle que tu as fait preuve à l’égard de ta fille et de ta mère. Cette pauvre dame, qui au lieu de se demander comment elle a pu mettre au monde un monstre comme toi, ne cesse de prier pour ton retour.  Ta fille, Fatimatou dit à qui veut l’entendre qu’elle n’a plus de père et qu’elle n’a jamais connu celui qui l’a mis au monde. Peut-on lui en vouloir si en allant chercher providence, son père est devenu un fantôme???

Diarra ne se remémorait pas de tous les mots que contenait sa missive mais elle sait que cette dernière était remplie de colère, rage, fureur, amertume. Ses blessures et souffrances ont empli son vocabulaire de mots faits de maux.

Et vous que pensez-vous de ces hommes immigrés qui abandonnent leur femme, leurs enfants, leurs parents et leur pays ?

Rokhaya NGOM

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3 Comments

  1. Ella dit :

    J’ai lu ce texte avec tellement d’émotions, tu viens de raconter le vécu de beaucoup de familles qui souffrent dans le silence. Je n’ai plus revu mon père depuis mes 11ans, lui aussi comme Moussa était parti « outi weurseuk ». J’en connais beaucoup d’autres qui ont vécu des situations pareilles sinon similaires et malheureusement on n’a jamais eu la version des faits de ces hommes là et je ne pense pas qu’ils soient conscients de tout le vide laissé dans le coeur de leurs familles.

    • Rokhaya Ngom dit :

      Hello Ella cela n’a pas dû être facile pour toi mais ne devient pas comme fatimatou, laisse lui une partie dans ton coeur. Et c’est tout simplement parce que tu as même eu à le dire nous n’avons pas leur version donc c’est facile pour nous de juger en fonction de nos blessures. Je publierai la version de Moussa InchAllah C’est important de connaître ses souffrances aussi

  2. Rokhaya Ngom dit :

    Hello Ella cela n’a pas dû être facile pour toi mais ne devient pas comme fatimatou, laisse lui une partie dans ton coeur. Et c’est tout simplement parce que tu as même eu à le dire nous n’avons pas leur version donc c’est facile pour nous de juger en fonction de nos blessures. Je publierai la version de Moussa InchAllah C’est important de connaître ses souffrances aussi

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