Le départ
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C’est une femme
12 septembre 2017

Je suis un homme blessé, meurtri, trahi, rejeté.

J’ai perdu mon frère, perdu n’est qu’un euphémisme qui me pousse à croire qu’il suffit que j’ai un gps pour le retrouver. Ce mot me fait espérer de le revoir à mon réveil avec son sourire béat et idiot. Je crois que les souvenirs que j’ai de lui sont si réels que je refuse sa disparition à jamais. Je sens encore ses claques dans mon dos, sur mes bras, sur ma tête. Il ne pouvait s’empêcher de me frapper quand il riait aux éclats. Un homme plein de vie s’en est allé. A son enterrement, je les vois défiler devant moi, me demandant d’être fort car je suis un homme. Ils m’ont tous dit que ma tristesse passerait parce qu’un homme doit savoir surmonter la douleur.

Quelques temps après, me voilà en colère parce qu’ils n’ont pas su remarquer que la tristesse n’était pas passée, que mes yeux, jadis brillant d’optimisme, brillaient à présent de douleur.

 Auparavant, mes ambitions étaient plus que démesurées mais j’avais foi que mon intelligence et mon courage m’auraient permis de les atteindre. Je n’hésitais point à les partager. J’exprimais  mes idées, en public, dans une indécence cynique et la foule s’extasiait de m’entendre. Quand je me taisais, ils me réclamaient. Je me demande d’ailleurs pourquoi ils n’osaient qualifier mes paroles de vilenie oratoire. A présent, je fuis le monde. J’ai découvert une nouvelle scène et le cannabis est devenu l’exutoire de ma douleur. Car, oui, j’ai mal mais je ne peux l’avouer, ils m’ont demandé d’être un homme.

 

A force de vivre avec la faim, j’ai oublié les sensations qu’elle me procurait au début : un corps faible, un esprit épuisé par la recherche de moyens pour remplir mes poches et sortir de cette misère.

Elle était devenue cette amie intime qui me poussait à faire naître un sentiment nouveau en moi. J’avais foi que ce besoin disparaîtrait si je me donnais encore beaucoup plus de moyens. Un désir ardent m’habitait. Je devais satisfaire la faim de mon entourage. Lorsque j’ai réussi ce pari, j’ai connu à nouveau le sentiment d’avoir un ventre rempli. A présent, je vois des sourires remplacer les larmes et mines maussades de la famille. Parfois mon regard croise celui d’êtres errants sans cesse, juste pour avoir de quoi se mettre sous la dent. Je me rappelle que moi aussi j’avais méconnu l’existence du mot rassasié mais que je n’avais jamais eu le droit de dire que j’avais mal parce qu’ils m’avaient demandé d’être un homme.

 

Moi je n’ai plus d’emploi. Je suis devenu cet homme « niak fayda » dans la propre maison que j’ai bâtie. Chaque matin, je croise le regard cupide de cette femme. Je ne l’a reconnais plus. Je ne savais pas que cette femme, mon épouse à moi que j’aimais autant, était un rapace de la pire des espèces. Moungui meuy wone ni deum leu rek. Elle me toise et ne cesse de me crier dessus. Avant elle était si attentionnée, aujourd’hui elle est incapable de déceler ma douleur car elle aussi elle m’avait demandé d’être un homme.

Elle a fini par me trahir. Elle était tout pour moi. Je l’ai rencontré militant pour les droits de la femme. Elle voulait aider les femmes à passer outre les douleurs qu’elles ont ressenties et ressentent encore. Sa gentillesse et son combat envers le genre féminin m’avaient touché. Pour moi, c’était un ange descendu du Paradis. Et là, elle s’en est allée avec lui. Cet ami pour lequel, j’étais prêt à tous les sacrifices. Je ne pourrai jamais aimer une personne comme je l’ai aimé. Je lui ai tout donné et elle n’a pas hésité à me briser. Parfois je me dis qu’elle reviendra pour m’aider à surmonter ma douleur mais j’oublie que je n’ai pas le droit de montrer que j’ai mal car je suis un homme.

Parfois je vois dans les yeux d’un ami qu’il aurait aimé lui aussi mettre un pyjama durant des journées entières, manger du chocolat et ne pas avoir honte d’appeler un(e) ami(e), se confier à cette personne en reniflant sans cacher ses pleurs. Mais il ne peut pas. Sa virilité ne s’en remettrait sans doute pas car ils ont demandé à mon ami, au tien et aux hommes d’être des hommes. Je vous tire ma révérence. Je suis fière de votre force intérieure.

Toutefois sachez que

La douleur n’est pas qu’une histoire de femme.

Cependant la société l’a affectée aux enfants et aux dames.

Etre homme et avouer avoir mal est signe d’un manque de courage et même de faiblesse.

Voulant être protecteur, votre ancre est l’endurance, crier au secours deviendrait lâche et serait un acte de bassesse.

Souffrir en silence est un triste sort,

Il n’est pas facile d’interpréter tout ce qui n’est pas mots,

Et tout le monde n’a pas la capacité de voir des torts,

Sachez également que rien ne vous oblige à porter seul, cannabis à côté, ce fardeau,

 Alors à vous de trouver le courage de partager vos maux !

Ps : à toutes ces femmes qui sont aussi  des hommes.

Rokhaya NGOM

Partage et laisse ton commentaire 🙂

13 Comments

  1. Pathé DIEYE dit :

    C’est tellement bien écrit , beau et instructif que j’ai dépassé mon arrêt dans le metro

  2. Pathé DIEYE dit :

    Merci pour cette dose de courage

  3. Mami diol dit :

    Oh c vraiment touchant??

  4. Mouhamed Diakhate dit :

    Très bien écrit, j’ai vraiment aimé c’est magnifique !!

  5. erexSuix dit :

    A mio parere, si sbaglia. Sono sicuro. Sono in grado di provarlo. Scrivere a me in PM, discuterne.
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  6. JT dit :

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